J'avais dans ma PAL ce "roman" dans la lignée des "50 nuances" et "After" ; parce qu'on a beau aimer la littérature, on peut estimer qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien avec un peu de récit érotique sans prise de tête.
(NB : j'ai en effet lu "50 nuances" et "After". Je ne suis pas allée au delà du premier tome pour le premier, autant à cause de la forme que du fond - je ne m'étends pas sur la vision déplorable de la femme et des relations amoureuses qui y dépeinte, d'autres l'ont déjà fait - . J'avoue en revanche que j'ai lu tout "After" : l'héroïne, bien que nécessairement nunuche, a un rôle un peu moins passif, et ma foi, ça se lit. Ca s'oublie aussi, mais ça se lit. A l'époque, je ne savais pas encore que c'est d'ailleurs ce qui se fait de "mieux" dans le genre New Adult érotique... cela, je l'apprendrais en ouvrant le torchon dont il est question aujourd'hui).
Alors quand on a ce genre de livre entre les mains, on accepte tacitement d'entailler de quelques coups de canifs ses convictions féministes (la suite montrera que ce n'est d'ailleurs pas une bonne chose). En effet, bien qu'écrits par des femmes et destinés à des femmes, ces romans sortent difficilement de la vision de la femelle d'autant plus excitée qu'elle sera soumise voire malmenée par l'homme... Au mieux c'est l'homme qui l'éveillera au désir (After) ; au pire elle acceptera tout et n'importe quoi (50 nuances). Mais bref, faute de mieux, lançons nous.
Eh bien c'est la première fois que ça m'arrive, mais j'ai littéralement balancé cette daube avant la vingtième page. Habituellement, tout dominant qu'il est, l'homme entreprend quelque chose qui s'apparente à de la séduction pour arriver à ses fins ; et même si cela consiste à traquer le portable de la demoiselle et à lui offrir un tour en deltaplane pour lui donner une idée de la grandeur de sa... fortune (50 nuances), on apprécie que le jeune homme fasse au moins quelques efforts et que la première scène hot n'arrive pas avant la cinquantième page, c'est à dire pas avant que la tension sexuelle soit réellement installée.
Eh bien dans "Beautiful Bastard", que nenni. La narratrice (dont je ne peux pas dire que j'ai oublié le nom car je n'ai MEME PAS EU LE TEMPS de retenir son nom, bon sang j'ai l'impression d'avoir eu connaissance de la marque de sa culotte avant son prénom) raconte brièvement ses rapports désastreux avec son patron (le fameux "Beautiful Bastard", littéralement "beau salaud"), tellement désastreux qu'ils mériteraient un recours aux prud'hommes. Après s'être fait pourrir pour une heure de retard, la demoiselle se voit chargée par son odieux chef d'un travail incommensurable, à faire le jour même, ainsi que d'une "présentation" à lui faire dans son bureau le soir même (tu la sens ma grosse anguille sous roche là ?). Le tout ordonné sur un ton très autoritaire. Comme seule protestation passant par la tête de l'employée, on lira "Ouh il est vraiment méchant mon patron, mais qu'est ce qu'il sexy"...
Après avoir passé la journée à bosser sans presque rien manger, la dame va dans le bureau du monsieur et commence sa "présentation", non sans se remémorer le jour où elle l'a surpris torse nu et tout en sueur dans la salle de sport... À peine a-t-elle prononcé deux phrases (littéralement, DEUX PUTAIN DE PHRASES), vla ti pas qu'elle sent la main du susdit patron sur ses fesses...
...
MAIS CASSE TOI, baffe-le, fouzy un coup dans les kiwis et appelle la police, merde !!! Bon sang mais même si c'est Robert Pattinson en personne qui te fait ce coup là, tu n'apprécies PAS le moment quoi !!! Une femme victime de ce genre de chose peut aussi être sidérée et ne pas parvenir à réagir, mais ça n'en reste pas moins un abus sexuel, bordel.
Eh bien pas avec Miss Culotte. Miss Culotte se retourne et en redemande, et on assiste à la scène de sexe la moins émoustillante de la galaxie ; à coté, 50 nuances, premier roman intégralement écrit avec les pieds, devient aussi subtil que les Liaisons Dangereuses, c'est dire. Je n'ai même pas lu le passage en entier, même pas par curiosité, c'est dire aussi.
C'est là que j'ai balancé le bouquin dans le mur, furieuse contre moi même d'avoir fait gagner quelques euros à la maison d'édition, et à l'auteure (car oui je viens de vérifier, c'est bien une femme). Je ne peux racheter mon crime qu'en écrivant cette critique. J'ai parcouru quelques avis sur le net, rassurée de voir que je n'étais pas la seule à ne pas avoir aimé, admirative face à celles qui l'avaient tout de même lu en entier, triste de ne pas lire d'autres indignations féministes. Ce fut tout de même l'occasion d'apprendre que les scènes à venir ressemblaient toutes à celles-ci, que la demoiselle giflait souvent le monsieur entre deux parties de jambes en l'air, que les protagonistes se parlaient constamment comme des chiens, et qu'ils se traitaient régulièrement de "bastard" et de "whore". Or, on le sait, "salaud" n'a jamais été l'équivalent de "salope"...
À quand une mise en scène de la sexualité féminine qui cesse de placer nécessairement la femme au rang d'objet, vierge effarouchée ou produit de consommation ? Bien sûr je n'ai pas lu toute la littérature érotique mondiale, et j'imagine et j'espère qu'il existe quelques écrits de qualité qui donnent une autre place à la femme (à chercher d'ailleurs : voilà une autre rédemption possible !). Mais je suis comme tout le monde, j'ai acheté ce qui se vend le plus, j'ai cédé au marketing, j'ai pris ce qu'on trouve en tête de gondole chez Leclerc et chez Amazon. Je suis surprise à tort. Mais indignée à raison.
Mais cette indignation, cette déception de lectrice, ces 17€ (arg) partis en fumée, ce n'est rien. Car j'ai la chance d'avoir plus de trente ans et assez de recul pour vomir ces quelques pages.
Ce qui n'est pas le cas des petites collégiennes (oui oui, collégiennes, pas lycéennes) qu'on surprend parfois avec un exemple de ce genre de roman (exemple : Wild Season, de la même auteure, dans les mains d'une élève de... sixième). On commence (un peu tard) à s'inquiéter de l'impact des images pornos sur les enfants ; il faudrait aussi songer à celui de ce genre de livres, protégé, sans doute, par l'idée qu'un livre, ça ne peut pas faire de mal...
Je pense donc qu'il serait indispensable d'instaurer au moins une signalétique "+ de 18 ans" sur les livres...
... à défaut d'une signalétique "attention objectivation de la femme".